Serviettes hygieniques jetables : impacts sur la santé, la planète et alternatives durables

Serviettes hygieniques jetables : impacts sur la santé, la planète et alternatives durables

On en utilise des milliers au cours d’une vie, souvent sans trop se poser de questions. Et pourtant, les serviettes hygiéniques jetables ont un impact bien réel sur notre santé, notre porte-monnaie… et la planète. Pendant longtemps, j’ai moi-même pris le rayon protections périodiques comme un passage obligé, sans lire les étiquettes, en attrapant « la même marque que d’habitude ». Jusqu’au jour où j’ai commencé à m’intéresser à ce que je mettais en contact direct avec l’une des zones les plus sensibles de mon corps.

Dans cet article, je vous propose de faire le point, sans tabou ni jugement : qu’y a-t-il réellement dans les serviettes jetables ? Quels sont leurs impacts sanitaires et environnementaux ? Et surtout, quelles alternatives plus douces – pour nous et pour la planète – peuvent nous accompagner pendant nos règles ?

Que contient vraiment une serviette hygiénique jetable ?

À première vue, une serviette hygiénique, c’est du coton, non ? En réalité, c’est souvent beaucoup plus complexe que ça.

La plupart des serviettes conventionnelles du commerce sont composées de :

  • Cellulose blanchie (pâte de bois ou coton) pour le cœur absorbant
  • Super-absorbants (SAP), comme le polyacrylate de sodium, sous forme de billes ou de gel
  • Plastiques (polyéthylène, polypropylène) pour le film imperméable et la couche en contact avec la peau
  • Colles et adhésifs pour les ailettes et la fixation à la culotte
  • Parfums, colorants et agents « désodorisants » dans certains modèles

Le problème ? La réglementation n’impose pas aux fabricants de détailler précisément la composition sur l’emballage. On pose donc toute cette petite chimie directement contre une muqueuse très perméable, pendant plusieurs jours, chaque mois, durant des années.

Des études et tests indépendants ont déjà mis en évidence des traces de :

  • Résidus de pesticides (quand le coton n’est pas bio)
  • Dioxines (issues de certains procédés de blanchiment au chlore, même si elles ont globalement diminué)
  • Composés organiques volatils (COV) et perturbateurs endocriniens potentiels (phtalates, etc.)

On parle de doses faibles, certes, mais cumulées sur plusieurs décennies d’utilisation. D’où l’importance d’ouvrir le débat.

Serviettes hygiéniques et santé : quels risques ?

Chaque corps réagit différemment, mais plusieurs effets reviennent souvent dans les témoignages autour des serviettes jetables.

Irritations et inconfort

  • Sensation de chaleur et d’humidité liée au film plastique imperméable
  • Frottements qui peuvent provoquer des rougeurs ou des démangeaisons
  • Réactions aux parfums et aux agents « désodorisants », très fréquents chez les peaux sensibles

Combien de personnes pensent avoir une « peau sensible » alors que leur vulve passe simplement ses journées sous un petit sauna en plastique chimique ?

Flore vaginale et mycoses

Un environnement chaud et humide est propice au développement de champignons et de bactéries indésirables. Certaines personnes constatent une nette diminution de leurs mycoses en passant à des protections plus respirantes (serviettes lavables, culottes menstruelles, etc.). Impossible d’établir un lien direct dans tous les cas, mais le ressenti est loin d’être anecdotique.

Exposition chronique à des substances controversées

Le débat scientifique reste ouvert sur l’impact de doses très faibles mais répétées de certains composés (perturbateurs endocriniens, résidus de pesticides). On ne peut pas affirmer que chaque serviette est dangereuse en soi. En revanche, on peut se demander : est-il logique de s’exposer, mois après mois, à des substances non indispensables… alors qu’il existe des alternatives simples pour les éviter ?

Un point rassurant tout de même : le syndrome du choc toxique (SCT) est surtout associé aux tampons portés trop longtemps, moins aux serviettes. Les serviettes restent donc souvent perçues comme « plus sûres ». Mais cela ne doit pas nous empêcher d’exiger plus de transparence et de douceur dans leur composition.

Un poids lourd pour la planète

Derrière un petit objet du quotidien se cachent des montagnes de déchets. Littéralement.

Des centaines de kilos de déchets par personne

On estime qu’une personne réglée utilisera entre 10 000 et 15 000 protections hygiéniques au cours de sa vie. En serviettes jetables, cela représente :

  • Plusieurs centaines de kilos de déchets non recyclables
  • Des produits majoritairement composés de plastique et de matériaux composites

Une serviette hygiénique jetable mettrait environ 500 ans à se décomposer dans la nature. Autrement dit, la toute première serviette que vous (ou votre mère) avez utilisée existe probablement encore quelque part.

Une explosion de déchets dans les poubelles… et dans la nature

  • En France, on parle de dizaines de milliards de protections menstruelles jetées chaque année.
  • Ces déchets finissent en grande majorité à l’incinération ou en enfouissement.
  • Une partie se retrouve dans les océans quand elles sont jetées dans les toilettes (erreur très fréquente) ou abandonnées dans la nature.

Les serviettes jetables contiennent du plastique, qui se fragmente en microplastiques pouvant se retrouver dans les sols, les rivières, les animaux marins… et remonter ensuite la chaîne alimentaire.

Une production énergivore et polluante

La fabrication de serviettes jetables implique :

  • La culture de coton, souvent très gourmande en eau et en pesticides (s’il n’est pas bio)
  • La production de plastique à partir de pétrole
  • Des procédés industriels (blanchiment, transformation, transport, emballages) à forte empreinte carbone

Sur l’ensemble du cycle de vie, les serviettes jetables représentent donc un produit à forte empreinte écologique pour un usage de quelques heures seulement.

Un coût financier qui s’additionne en silence

Au-delà des impacts environnementaux, les protections jetables pèsent aussi sur le budget, en particulier pour les personnes précaires.

Sur une base moyenne, en comptant une boîte ou deux par cycle, on arrive facilement à plusieurs dizaines d’euros par an. Multiplié par 35 à 40 ans de règles, cela représente plusieurs milliers d’euros consacrés uniquement aux protections jetables.

À l’inverse, les solutions réutilisables (culottes menstruelles, coupes, serviettes lavables) demandent un investissement de départ plus important… mais peuvent être amorties en quelques mois à quelques années selon le modèle. Une question de santé, d’écologie, mais aussi de justice sociale.

Quelles alternatives plus durables aux serviettes jetables ?

La bonne nouvelle, c’est que l’offre de protections durables a explosé ces dernières années. À chacune de trouver sa combinaison idéale – souvent un mélange de plusieurs solutions selon les jours du cycle, le flux, l’activité.

Les serviettes hygiéniques lavables

Ce sont, en quelque sorte, les « cousines écolos » des serviettes jetables. Elles se fixent à la culotte grâce à des boutons-pression et se composent généralement de :

  • Une couche en coton ou bambou doux en contact avec la peau
  • Une partie absorbante intérieure
  • Un tissu technique imperméable mais respirant (souvent PUL)

Avantages :

  • Réutilisables pendant 3 à 5 ans (voire plus), si bien entretenues
  • Beaucoup plus respirantes et confortables que le plastique
  • Large choix de tailles, formes, couleurs… et marques éthiques

À savoir : Elles demandent un peu d’organisation pour le lavage (rinçage à l’eau froide, puis passage en machine avec le reste du linge). Mais une fois la routine installée, c’est souvent plus simple qu’on ne le pense.

Les culottes menstruelles

Ce sont des culottes tout-en-un, avec une zone absorbante intégrée. On les enfile comme une culotte classique, et c’est tout.

Avantages :

  • Ultra pratiques et discrètes
  • Très confortables, parfaites aussi pour la nuit ou le sport
  • Idéales pour les ados ou celles qui n’aiment pas les protections internes

Points de vigilance :

  • Bien choisir des marques transparentes sur les matériaux et les traitements (attention aux PFAS et autres substances indésirables)
  • Adapter le modèle à son flux (certaines culottes sont légères, d’autres très absorbantes)

Là encore, le lavage se fait en machine, après un rinçage rapide à l’eau froide.

La coupe menstruelle (cup)

Petite coupelle en silicone médical, en TPE ou en caoutchouc naturel, à insérer dans le vagin pour recueillir le sang. Elle peut être portée plusieurs heures (en respectant les recommandations de sécurité).

Avantages :

  • Durée de vie de 5 à 10 ans
  • Zéro déchet (ou presque) pendant des années
  • Pratique pour le sport, la baignade, les longues journées

À savoir : Elle nécessite un petit temps d’adaptation pour la pose et le retrait. Pour certaines personnes, ce n’est pas confortable ou pas souhaité, et c’est parfaitement OK : ce n’est pas LA solution universelle, juste une option parmi d’autres.

Les tampons bio (en coton biologique, sans plastiques et sans parfum)

Ils restent jetables, mais leur composition est généralement plus minimaliste et plus respectueuse de la peau.

Avantages :

  • Moins d’additifs, pas de parfum
  • Pas de applicateur plastique sur certains modèles

Limites :

  • Toujours des déchets à chaque utilisation
  • Les mêmes précautions de port que pour tout tampon (risque de SCT)

Ils peuvent constituer une solution de transition intéressante pour alléger l’impact sans tout changer d’un coup.

Et le « free bleeding » (flux instinctif libre) ?

On en parle de plus en plus : il s’agit d’apprendre à sentir son flux et à aller régulièrement aux toilettes pour l’évacuer, en portant éventuellement une culotte de protection légère. Cette pratique demande du temps, de l’écoute de soi, et n’est pas accessible à toutes les situations de vie (ni à toutes les personnes). Mais elle montre bien que notre rapport aux règles peut évoluer, se réinventer.

Comment amorcer la transition sans pression ?

Changer de protections, c’est aussi toucher à quelque chose d’intime, parfois chargé de souvenirs inconfortables (règles cachées, honte du sang, douleurs…). L’idée n’est pas de tout révolutionner du jour au lendemain, mais de tester, d’apprivoiser, d’ajuster.

1. Commencer petit

  • Tester une seule culotte menstruelle sur un jour de faible flux ou un week-end à la maison.
  • Acheter un kit de deux ou trois serviettes lavables et les utiliser d’abord en complément.
  • Essayer la cup un jour où vous êtes détendue, chez vous, avec du temps devant vous.

2. Ajuster en fonction du flux

  • Flux abondant ? Privilégier des culottes ou serviettes lavables « nuit/flux ++ ».
  • Flux léger ou spotting ? De petites protections lavables peuvent suffire.
  • Certaines personnes mixent jetable et durable (par exemple, jetable à l’extérieur le temps de s’habituer, durable à la maison).

3. Mettre en place une routine d’entretien simple

  • Rincer à l’eau froide juste après l’utilisation (pour éviter que le sang ne fixe).
  • Mettre à tremper si besoin, puis passer en machine avec le reste du linge à 30–40°C.
  • Éviter l’adoucissant et le sèche-linge, qui abîment les fibres absorbantes.

Au bout de quelques cycles, ces gestes deviennent automatiques, comme de trier ses déchets ou d’emmener son sac en tissu au marché.

Choisir mieux, sans chercher la perfection

Face à la profusion d’offres et de discours marketing, on peut vite se sentir perdu·e. Quelques repères peuvent aider :

  • Transparence de la marque : composition détaillée, origine des matériaux, certifications.
  • Matières : coton bio, fibres certifiées Oeko-Tex, absence de traitements inutiles.
  • Fabrication : si possible en Europe ou dans des usines respectant des normes sociales et environnementales élevées.
  • Réparabilité / durabilité : qualité des coutures, densité des tissus, possibilité de garder la protection plusieurs années.

Et surtout : écoutez votre corps. Une protection durable n’est pas « meilleure » si elle vous irrite, vous serre, vous stresse ou ne correspond pas à votre rythme de vie. L’idée n’est pas de remplacer une injonction (consommer jetable) par une autre (être parfaite et zéro déchet), mais d’ouvrir un espace de choix, plus conscient et plus doux.

Si vous le souhaitez, vous pouvez aussi en parler autour de vous : à vos filles, sœurs, amies, collègues. Les règles restent encore un sujet entouré de silence, alors que nous sommes des millions à les vivre chaque mois. Partager une recommandation de culotte menstruelle, un retour d’expérience sur une marque ou un simple « tu savais ce qu’il y a vraiment dans une serviette ? » peut déjà changer beaucoup de choses.

Nos règles méritent mieux que du plastique parfumé et des emballages roses culpabilisants. Nos corps méritent des matières respectueuses, nos poubelles un peu de répit, et nos esprits plus de sérénité. À chacune de tracer son chemin, pas à pas, protection après protection.